Nous l’avions dit, nous l’avions répété, et aujourd’hui c’est un tribunal qui nous donne raison.
Le 9 octobre, le Tribunal administratif du travail a tranché. Pour les trois juges, le cœur de la loi 14 viole la liberté d’association des travailleurs, un droit garanti par nos chartes. Et ce cœur, c’est le mécanisme qui permet de forcer des grévistes à retourner au travail au nom du « bien-être de la population ».

Derrière cette décision, il y a des femmes qui ont tenu bon. Au CPE Le Jardin de Robi, à Roberval, une vingtaine de travailleuses ont fait la grève pendant près de huit mois. Elles se battaient pour garder une chose bien simple, leur pause repas payée. Leur employeur a été le premier au Québec à sortir la loi 14 contre elles, et en mars, elles ont été obligées d’ouvrir le CPE trois jours sur cinq. Imaginez être en grève et devoir quand même ouvrir les portes la majeure partie de la semaine. C’est ça, la loi 14.
Le Tribunal l’a bien vu. Avec cette loi, une grève générale illimitée devient presque impossible. Pire encore, la loi n’a même pas besoin d’être utilisée pour faire du tort. Le simple fait qu’elle existe donne au patron une longueur d’avance à la table de négociation. Pour les juges, elle va beaucoup trop loin.
Pour nous, ce n’est pas une surprise. Depuis le premier jour, nous disons que cette loi ne sert pas à protéger le public, mais à désarmer les travailleurs. Une loi qui viole les chartes, ça porte un nom. Elle est inconstitutionnelle.
Il faut se rappeler d’où elle vient. Elle a été adoptée en 2025 par le gouvernement le plus antisyndical qu’on ait vu depuis Maurice Duplessis. Après la loi 14 pour briser les grèves, il y a eu la loi sur les cotisations syndicales pour nous étouffer, sans parler des menaces et des lois spéciales. Pourquoi tout ça? Parce qu’un gouvernement en perte de vitesse s’était convaincu qu’en tapant sur les syndicats, il regagnerait des votes.
Il s’est trompé, et lourdement. Le 5 octobre, la CAQ n’a pas fait élire un seul député. Elle en avait 79. Comme nous l’avions prédit, les Québécois l’ont rayée de la carte. L’histoire s’en souviendra comme d’une drôle de bébitte antisyndicale, qui ne laisse derrière elle que des lois à défaire.
Monsieur St-Pierre Plamondon, c’est maintenant à vous de les défaire.
Pendant la campagne, vous avez dit vous-même que ce qu’a fait la CAQ « crée un désincitatif à négocier ». Vous aviez raison. Les travailleurs vous demandent maintenant de passer de la parole aux actes.
D’abord, ne contestez pas cette décision devant les tribunaux. L’argent des Québécois n’a pas à servir à défendre une loi de la CAQ que le Tribunal a jugée contraire aux chartes.
Ensuite, retirez de la loi 14 tout ce qui limite le droit de grève, y compris le pouvoir du ministre du Travail d’imposer un arbitre pour mettre fin à un conflit.
Revoyez de fond en comble la loi sur les cotisations syndicales, qui vise à faire taire ceux qui défendent les travailleurs.
Vous dirigez un gouvernement minoritaire, et pour durer, vous aurez besoin de la confiance des gens. Les gens, ce sont d’abord les travailleurs. Ce sont eux qui se lèvent tôt, qui conduisent les camions, qui gardent nos enfants et qui font rouler le Québec. Ce sont eux qui ont dit non à la CAQ le 5 octobre. Ne les abandonnez pas.
De notre côté, le 1999 ne lâchera pas. Nous le devons à nos membres, à leurs familles et à tous ceux qui croient qu’au Québec, un travailleur a encore le droit de dire non.
Jean-François Pelletier
Président, Section locale 1999 du Syndicat des Teamsters




